Au début des années cinquante, une pièce de théâtre de Sartre, Le Diable et le Bon Dieu, a fait naître un grand scandale public dans la société catholique et intellectuelle de France. Le héros de la pièce, Goetz, veut choisir en toute liberté le Mal, ...
Au début des années cinquante, une pièce de théâtre de Sartre, Le Diable et le Bon Dieu, a fait naître un grand scandale public dans la société catholique et intellectuelle de France. Le héros de la pièce, Goetz, veut choisir en toute liberté le Mal, le Diable. Mais en mesurant tout de suite la bouffonerie, il se tourne, sur les conseils d'un prêtre, Heinrich, vers le Bien, le Bon Dieu. Il ne tarde pas pourtant à s'apercevoir qu'il est lui-même en train de jouer une comédie. Il se sent piégé dans un sentiment d'imposture. Cette incapacité à trouver son chemin dans le Mal comme dans le Bien lui fait proclamer la mort de Dieu et se jeter dans l'engagement historique.
Après avoir assisté à la représentation de cette pièce, Ricoeur y consacre un article dans Esprit. C'est cet article que nous avons choisi comme pierre de touche pour mesurer la distance qui sépare les positions de Sartre de celles de Ricoeur. Il s'agit des thèmes tant philosophiques et éthiques que religieux, tels que l'athéisme, l'imposture, la foi et la mauvaise foi. D'abord, selon Ricoeur, Goetz n'est qu'un "bouffon du Mal", un "faussaire du Bien", qui n'arrive pas à établir une relation authentique avec Dieu. De sorte qu'il ne peut trouver d'autre issue que l'athéisme. Nous nous demandons alors s'il est possible de mettre en relation l'imposture de Goetz avec le complexe d'Oedipe. Nous pensons que, d'après Freud, les "rêves" de Goetz ne sont pas autre chose que les rêves des "bâtards".
Ensuite nous essayons de dégager un sens théologique, toujours en suivant la position de Ricoeur, rendu manifeste par comparaison à l'athéisme de Nietzsche et de Freud. Le Dieu que ceux-ci ont proclamé mort, c'est dieu de condamnation et consolation, donc dieu moral. Ils ont ouvert ainsi un chemin vers une foi au-delà de l'athéisme. C'est la plus grande différence, nous semble-t-il, entre Sartre et Ricoeur à l'égard de l'athéisme, la parole et la foi.