La rhétorique et la poétique ont été considérées, depuis Aristote, comme deux disciplines indépendantes, ayant pour but la réflexion critique sur la composition des deux textes différents: le texte argumentatif et le texte narratif. Mais le terrain co ...
La rhétorique et la poétique ont été considérées, depuis Aristote, comme deux disciplines indépendantes, ayant pour but la réflexion critique sur la composition des deux textes différents: le texte argumentatif et le texte narratif. Mais le terrain commun, c'est celui du discours articulé dans des configurations de sens plus étendues que la phrase. Le discours peut être défini par la formule: quelqu'un dit quelque chose à quelqu'un sur quelque chose. Dans cette perspective, nous avons esquissé leur développement historique dont l'origine se trouve dans des différentes fonctions langagières, l'une, pragmatique, l'autre, représentative. La rhétorique, conçue comme art de l'éloquence, vise à persuader l'auditoire par l'argumentation, tandis que la poétique, art de la composition, consiste à représenter l'action humaine par la triade aristotélécinne mimesis - muthos - katharsis, selon l'interprétation de P.Ricoeur. Ce qui nous intéresse ici, c'est qu'il y a un entrecroisement de la rhétorique et de la poétique dans le texte littéraire. Tout le texte narratif(le récit) comporte l'argumentation, donc la persuasion; tout le texte argumentatif comporte la narration. C'est dans ce point de vue de coordition que nous analysons le récit de Mérimé et celui de Rollin. Nous en arrivons à décrire le rapport complémentaire et indépendant entre la rhétorique, la poétique et l'herméneutique. La rhétorique reste l'art d'argumenter en vue de persuader un auditoire qu'une opinion est préférable à sa rivale. La poétique reste l'art de construire des intrigues en vue d'élargir l'imaginaire individuel et collectif. L'herméneutique reste l'art d'interpréter les textes dans un contexte distinct de celui de leur auteur et de leur auditoire initial, en vue de découvrir de nouvelles dimensions de la réalité. Argumenter, configurer, redécrire, telles sont les trois opérations majeures que leur visée respective rend exclusives l'une de l'autre, mais dont la limite de leur terrain originel appelle la complémentarité.