Dans une société dominée par l'homme, l'opinion publique considère, en général, la femme comme un être passif et dépendant de lui à tous les égards, ayant ses propres propriétés de qualité toute négative. Selon Simone de Beauvoir, ce point d ...
Dans une société dominée par l'homme, l'opinion publique considère, en général, la femme comme un être passif et dépendant de lui à tous les égards, ayant ses propres propriétés de qualité toute négative. Selon Simone de Beauvoir, ce point de vue général résulte d'une fausse conviction sociale qui nous permet de rejeter la responsabilité du mal à l'autrui, et, ce fait se reflétant dans le mythe de masculinité/féminité, l'homme-sujet rejette le mal sur la femme-autrui.
Nous pouvons trouver de nombreux personnages féminins considérés comme telle dans les romans français. Nous projetons donc d'étudier ce sujet à long terme, en le scindant en plusieurs étapes. Nous examinerons ainsi l'image et la conception de la femme dans le roman français, commençant par l'analyse de Nana.
Nana est en effet une personnification du mal chez Zola. L'auteur la présente comme une femme vicieuse, qui vit à l'encontre des moeurs et des coutumes sociales pour détruire les hommes et leur société par tous ses désirs négatifs : désir charnel déréglé (masochiste, sadique ou homosexuel), goûts de luxe et de gaspillage, etc. Elle ne se réagit qu'aux ordres de ses propres désirs insatiables, comme si elle etait une bête avide sans âme, comme si elle n'avait que son corps animal, séduisant mais dangereux.
C'est peut-être pour se venger de sa basse classe sociale, de sa misère et de sa pauvreté de naissance qu'elle séduit les homnies de la haute société et les bourgeois enrichis, pour leur extorquer de l'argent et les faire enfin tomber en faillite. Mais Nana ne reconnaît jamais qu'elle en est coupable, même si elle détruit de nombreux hommes aveuglés et dévorés par le désir. Zola souligne à chaque occasion qu'elle est un ferment des pourritures sociales qui empoisonne le peuple de cette société masculine. Il la définit comme un insecte parasite minant son fondement, comme symbole du vice. C'est ainsi que l'auteur lui destine une fin terrible, comme s'il voulait la punir à la place de ces hommes tombés en ruine à cause d'elle. Quand il nous décrit d'un ton horriblement froid sa mort affreuse, corps en putréfaction, atteint de la petite vérole, nous avons l'impression que le corps de cette femmedémon est maudit par ce Dieu masculin, sous le nom du destin, par récompense de ses actes passés et pervers.
Nana est punie, par ce Dieu-maître d'un monde masculin, pour avoir troublé son ordre public, en déréglant ses moeurs, pour l'avoir endommagé par ses actes corrompus et destructifs et d'avoir enfin essayé de se libérer de son cadre de vie, destiné à elle dès sa naissance. C'est pourquoi on peut la considérer surtout comme une femme victime d'une oppression de la culture sociale de l'époque, fondée sur une autorité paternelle et masculine et l'ideologie déterministe de l'auteur.