Notre propos a pour but d'élucider l'un des sens de la Peste à travers l'examen de la mort de Jean Tarrou. C'est par le moment de sa mort que celui-ci, plus que Rieux qui est narrateur du roman, joue le rôle principal dans le drame ...
Notre propos a pour but d'élucider l'un des sens de la Peste à travers l'examen de la mort de Jean Tarrou. C'est par le moment de sa mort que celui-ci, plus que Rieux qui est narrateur du roman, joue le rôle principal dans le drame absurde des êtres humains. D'abord, nous allons examiner la signification de deux scènes importantes-le début et la fin de La Peste- pour montrer la situation absurde où se trouvent condamnés les personnages. Ensuite, nous allons décrire les scènes de deux morts; celle de l'enfant et celle de Tarrou. Enfin, nous allons consacrer notre analyse principale à l'analyse du sens de la peste. La Peste débute par la présentation assez grotesque de rats morts qui ne sont pas à leurs places. Avec l'apparition des rats morts, la peste couvre toute une ville ordinaire de l'ombre de la mort. Les rats morts sont les présages de cette maladie fatale qu'est la peste. Au début du roman, la peste n'est pas autre chose qu'une visiteuse désagréable qui doit partir un jour. Mais cette apparition bizarre perdure et pousse les destinées de tous les habitants de la ville vers une issue catastrophique. La dernière réflexion de Rieux, qui constitue le dernier paragraphe du roman, décrit une verité atroce: la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, mais reste toujours présente en attendant le jour du réveil. La mort de Tarrou, survenue juste avant la réouverture des portes de la ville, nous suggère le retour éventuel de la peste paradoxale.
Pour Paneloux, le fléau, symbolisé par la peste dans ce roman, est toujours et necessairement la punition de Dieu contre les orgueilleux, les aveugles et les méchants. L'abbé prêche aux habitants de la ville d'accepter la leçon de la peste qui les élève et leur montre la voie. Mais tout au contraire de sa prédication, même les innocents meurent dans d'inacceptables douleurs et les justes ont beaucoup de raisons de trembler de peur. La mort d'un enfant innocent pousse l'abbé à voir un autre sens dans la peste. C'est après cette mort innocente que Paneloux participe plus énergiquement qu'autrefois aux actions des formations sanitaires.
Tarrou, dont personne à Oran ne connaît la personnalité ni la provenance, mène, indifférent au sens et au résultat de ses actions, un combat héroiïque contre la maladie dans laquelle le hasard l'a absurdement jeté. Mais la peste l'attaque dans les cris d'allégresse des personnes qui célèbrent la victoire de l'homme sur la maladie fatale. Dans cette mort absurde, nous n'avons pas de difficulté à voir un Sisyphe qui soulève son énorme pierre sur une pente. Tarrou est l'un des malchanceux de la peste et de ceux que la maladie a tués en plein espoir.
C'est pour montrer que la peste n'est pas à la mesure de l'homme que l'auteur fait mourir Tarrou au moment même de la fin de l'épidémie. L'homme peut lutter contre la peste absurde, mais ne peut la vaincre définitivement. Dans ce sens, la mort de Tarrou nous montre l'aspect paradoxal de la peste. La peste, détachée des combats de Rieux et de Tarrou, ne disparaît jamais, même après la victoire, qui n'est que momentanée et provisoire. Ce sont les hommes, non pas la peste, qui passent. La peste, l'une des composantes de notre vie, fait violence à toutes les personnes à sa portée. C'est la façon de vivre que tous les personnages ont apprise dans leur combat contre la peste. Ce qui importe dans la lutte contre la peste, ce ne sont pas des raisonnements abstraits sur son origine et son sens, mais l'action immédiate des hommes contre l'attaque de la peste. Ce qu'il faut sous le règne de la peste, c'est de faire ce qu'il faut faire.
La mort absurde de Tarrou, visiteuse abrupte au moment de la victoire de l'homme sur la peste, nous fait comprendre que l'homme ne peut jamais s'en libérer. L'auteur nous montre dans la dernière réflexion de Rieux que nous avons tous le bacille de la peste dans les choses ordinaires de la vie quotidienne. Nous avons partout dans ce monde des maladies qui ne sont pas à notre mesure, des guerres et des actions terroristes dans lesquelles sont torturés les destins humains, des catastophes naturelles et des accidents de la route. Ces éléments de la civilisation moderne sont tous des bacilles de la peste qui ne meurt ni ne disparaît jamais.