Presque tous les dix-huitièmistes sont attirés par les Lumières. L'esprit scientifique de ces derniers, leur opposition au pouvoir, leur imagination, leur quête pour la liberté, l'égalité et l'humanité, surtout leur contribution à la Ré ...
Presque tous les dix-huitièmistes sont attirés par les Lumières. L'esprit scientifique de ces derniers, leur opposition au pouvoir, leur imagination, leur quête pour la liberté, l'égalité et l'humanité, surtout leur contribution à la Révolution française sont les principales raisons pour lesquelles les chercheurs ne renoncent jamais à leur point de vue pro-Lumières. Les diverses études effectuées sur le XVIIIe siècle ont cependant eu tendance à négliger le courant idéologique et culturel situé à l'écart du domaine des Lumières mais revêtant un aspect très important pour mieux connaître la France du XVIIIe siècle. N'étant que des travaux tronqués, ces études sont donc d'un intérêt partiel et ne renvoient guère à une Histoire de l'esprit complète. Pour bien cerner celle-ci, ne faut-il pas étudier les penseurs dont les orientations s'opposent à l'idéologie dominante de cette époque, à savoir les Lumières... C'est sur cette remise en cause que repose notre travail sur les anti-Lumières.
Or, un grand obstacle se dresse devant nous : la notion des anti-Lumières. Car elle est aussi trompeuse que l'est celle des Lumières lorsqu'elle postule l'existence d'un groupe monolithique partageant les mêmes valeurs et adoptant une stratégie commune pour faire triompher une cause univoque. On sait fort bien que les critères purement idéologiques ne suffisent pas à délimiter les clans, les groupes de pression et les familles d'esprit.
Une très longue période et une variété extrême au niveau du contenu représentent également deux autres grandes difficultés majeures ayant retardé dans notre étude. Il fallait donc limiter le champ de travail à trois groupes de penseurs aux idées assez homogènes et qui se sont opposés le plus activement au mouvement des Lumières. Ce sont les apologistes, les critiques de l' 『Année littéraire』 et les écrivains sentimentaux. Nous avons d'ailleurs principalement abordé le débat philosophique entre les Lumières et les anti-Lumières, surtout autour, d'une part, de l'existence de Dieu et, d'autre part, de la morale inébranlable.
De là, on constate que les anti-Lumières se sont efforcés avec ténacité de garder des valeurs traditionnelles et de fonder une morale inébranlable. Malgré le triomphe définitif des Lumières dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, le combat idéologique n'a cessé de continuer jusqu'à la Révolution. On peut alors échapper à l'hypothèse que les anti-Lumières auraient été les véritables gagnants de ce combat d'un siècle, car la Convention nationale avait unanimement adopté le 7 mai 1795 le décret qui reconnaissait l'Etre suprême et l'immortalité de l'âme, thèses rousseauistes. Cela signifie que les idées matérialistes athées des Lumières avaient été rejetées. D'ailleurs, comment pourrait-on s'expliquer la publication, quelques années plus tard, du 『Génie du christianisme』 par Chateaubriand, ou encore un autre fait historique: le christianisme devenant une religion d'Etat après l'avènement au trône de Napoléon?